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La scène féminine dans la tragédie d’Euripide

May 31, 2016
6:30 PM - 8:30 PM
Columbia Global Centers | Paris, 4 rue de Chevreuse, 75006

Présenté par Columbia Global Centers | Paris et WGS (Institute for Research on Women, Gender, and Sexuality): une soirée autour du livre Euripide et le parti des femmes  de Claire Nancy.

Déroulement de la soirée

Introduction par Claire Nancy, illustrée par des lectures de Dido Lycoudis, actrice, qui lira les extraits tragiques en grec et en français

Intervention de Monique Trédé (ENS et Académie des Inscriptions et Belles Lettres) : "Une nouvelle étude critique d’Euripide"

Intervention de Mireille Calle-Gruber (écrivaine, professeur émérite de la Sorbonne Nouvelle, spécialiste des études féminines) : "Epiphanies de la philia"

Intervention de Daniel Loayza (philosophe, dramaturge, conseiller artistique de l’Odéon-Théâtre de l’Europe) : "La tragédie à l'oeuvre"

Biographie : Ancienne élève de l’ENSJF, professeur en classe préparatoire à Strasbourg, Claire Nancy a mené, en même temps que son enseignement de littérature générale et de grec, des travaux sur Euripide : lecture, traduction et dramaturgie. Elle a publié de nombreux articles, en France et à l’étranger, sur la fonction du théâtre grec, sur la femme tragique, sur le théâtre d’Euripide, et sur ses figures féminines. Elle a traduit Hécube et Les Troyennes (GF), Les Phéniciennes (Belin, en collab.), ainsi que La Paix d’Aristophane. Elle a collaboré comme dramaturge avec M. Deutsch et Ph. Lacoue-Labarthe pour la production théâtrale des Phéniciennes (TNS, 1982), avec Bob Wilson pour la mise en scène de sa Médée (Opéra de Lyon, 1984), avec A. Torrès pour le projet Les Grecs-Banlieues du Grand Est avec des jeunes de quartiers sensibles (1997-1998). Elle a également enseigné la dramaturgie du théâtre grec au TNS.

Euripide et le parti des femmes : Ni la cité grecque, ce « club de citoyens » qui en excluait les femmes, ni les tragédies d’Eschyle et de Sophocle qui nous ont majoritairement légué des héros masculins, ne pouvaient laisser prévoir une œuvre aussi singulière que celle d’Euripide, dont le rôle des femmes est un indice majeur. Le livre déchiffre, au pied de la lettre, la seule expression grecque qui nous reste – en dehors des poèmes de Sappho – d’une intériorité féminine confrontée à la cité qui décrète le genre féminin incapable de penser, et de prendre part à la vie publique.

Il s’agit donc de donner à entendre et à voir, à travers la diversité des figures et des œuvres, ce premier surgissement d’un « féminisme » dans l’histoire de notre modernité occidentale, grâce à une œuvre tragique qui lui ouvre sa scène : des femmes y prennent la parole pour se livrer, déplorer et dénoncer le regard et les discours qui sont portés sur elles. Accablées, mais inventives, elles se refusent à la servitude volontaire. C’est dire que le théâtre d’Euripide, contrairement à la réputation qui lui a été faite depuis le XIXe allemand, accomplit sa fonction dionysiaque : bousculant l’ordre établi, transgressant les frontières instituées, il démultiplie la parole pour faire entendre l’Autre, au risque de la terreur des Bacchantes. Il s’adresse au cœur de notre modernité.

Les lavis : Le volume s’inscrit sous le signe des lavis de Colette Deblé, peintre, qui consacre son travail depuis 1990 à la représentation des femmes dans l’histoire de la peinture. Ses aquarelles fluides empruntent leurs figures féminines aux grandes œuvres originales qui les ont mises en scène – ici la peinture des vases grecs. Elles font transparaître, sous leurs singularités, une parenté vivante, comme les figures du chœur tragique chantent et dansent leur communauté multiple.  Elles seront en exposition sur place à Reid Hall lors de la soirée.