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Penser le marronnage: Vers une autre histoire de l’émancipation

November 14, 2019 - November 15, 2019
1:00 PM - 8:00 PM
4 rue de Chevreuse, 75006, Paris, France

Thinking Marronage: Towards another History of Emancipation | Penser le Marronnage : Vers une autre histoire de l'émancipation

In cooperation with Université Toulouse Jean Jaurès and Sciences Po Paris.

Please note the second day of the conference, on 15th November 2019, begins at 10am. 

The term « marronage » refers to the struggles of the enslaved and fugitives in the Atlantic World. Despite regional differences between the marrons of the Francophone Antilles and the maroons of the Jamaican highlands, between the Colombian palenques and the quilombos of Brazil, marronage denotes a shared experience and a set of collective memories. Beyond an object of historical or anthropological study, marronage is a living political tradition. This « hidden tradition » has for long received the attention of political thinkers who have turned to it as a source of inspiration to rethink freedom and emancipation outside the register of a Eurocentric universalist discourse. This conference hopes to construct a dialogue across the disciplines to reconsider marronage as a contribution to political thought in the present. The tradition of marronage allows to recenter theoretical reflection on practices relegated to the margins of modernity: the numerous cases of fugitive individuals (“petit marronnage”) but also those of entire communities (“grand marronnage”) – on forms of marronage that escape the binary distinction between flight and foundation, as they institute counter-community and a life held in common.

Such a decentering puts into question any straightforward link between abolitionism and an Enlightenment universalist rights discourse, particularly in the context of the Haitian Revolution of 1791-1804 which “creolized” French revolutionary universalism with the multiple histories of marronage in the Caribbean. But the conference also wants to trace a genealogy of authors that have taken marronage as a source of inspiration for political philosophy. We thereby want to bring into conversation a multilingual set of works, many of which have been still been left widely ignored: from C.L.R. James' Black Jacobins (1938) to Aimé Césaire's poem “Le verbe marronner” (1955), from marronnage in the thought of Édouard Glissant and Maryse Condé to Brazilian quilombismo in the work of Abdias do Nascimento and Lélia Gonzalez.

But the conference is going to above all highlight the importance of marronage with regards to contemporary movements of contestation. In this sense, Hourya Bentouhami has focussed her philosophical reflections on the experiences of maroon women in order to envision a “feminism of liberation.” Elsa Dorlin has turned to marronage in formulating a feminist notion of “autodéfense populaire”, distinct from a “defense of the Self” in the liberal tradition. Anti-racist movements around the world similarly continue to draw inspiration from marronage in their militant practices: from Black Lives Matter in the United States to the Movimento Negro in Brazil. The conference “Thinking Marronage” takes these struggles as a starting point for a new interdisciplinary perspective on marronage, both as a counter-history of emancipation and a living tradition of political action.

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Le terme « marronage » se réfère aux luttes des femmes et des hommes qui ont été mis.e.s en esclavage et qui se sont enfui.e.s dans le monde atlantique. Au-delà des différences régionales – des marrons aux Antilles francophones aux maroons en Jamaïque, des palenques en Colombie aux quilombos du Brésil – le marronnage dénote une expérience partagée et un ensemble de mémoires collectives. Loin d'un seul objet d'études historiques ou anthropologiques, le marronnage est aussi une tradition politique vivante. Cette « tradition cachée » a depuis longtemps reçu l'attention des théoricien.ne.s et philosophes qui y ont trouvé une source d'inspiration pour repenser, de manière fondamentale, des notions de liberté et d'émancipation au-delà d'un langage universaliste européen. Ce colloque propose un dialogue interdisciplinaire autour du marronnage comme base potentielle pour la pensée politique du présent. La tradition du marronnage permet de centrer la réflexion autour des pratiques qui ont été reléguées aux marges de la modernité : à la fois sur les nombreux cas d'esclaves individuel.le.s en fuite (le « petit marronnage »), mais aussi sur l'expérience des communautés entière (le « grand marronnage »), sur des formes de marronnage qui dépassent le binaire entre fuite et refondation de l'ordre, constituant elles-même un ordre révolutionnaire pour la vie en commun – l'institution d'une contre-communauté.

Ce geste de décentrement met en question un rapport supposément étroit entre l'abolitionnisme et l'universalisme libéral des droits de l'homme issu des Lumières, notamment dans le contexte de la Révolution Haïtienne (1791-1804), « créolisant » l'universalisme de la Révolution Française avec les multiples histoires du marronnage dans les Caraïbes. Mais le colloque vise aussi à tracer une généalogie des auteurs et autrices qui se sont inspiré.e.s du marronnage en philosophie politique. Nous espérons pouvoir faciliter un échange entre des œuvres multilingues, souvent ignorés et rarement mis en conversation : des Jacobins noirs de C.L.R. James (1938) au poème « Le verbe marronner » d'Aimé Césaire (1955), du marronnage  dans la pensée d'Édouard Glissant et de Maryse Condé jusqu'au quilombismo au Brésil chez Abdias do Nascimento et  Lélia Gonzalez.

Mais nous insisterons aussi sur l'importance du marronnage en dialogue avec l'actualité des mouvements de contestation. Dans ce sens, Hourya Bentouhami a centré sa réflexion philosophique sur les expériences des femmes marronnes afin de penser un « féminisme de la libération » au-delà de l'affranchissement. Elsa Dorlin s'appuie sur les expériences de marronnage pour formuler une notion féministe d'« autodéfense populaire » en distinction avec la « défense du Soi » dans la tradition libérale. Les mouvements d'anti-racisme politique continuent à s'inspirer du marronnage dans leurs pratiques militantes : du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis au Movimento Negro du Brésil contemporain. Le colloque « Penser le marronnage » prendra ces pratiques comme le point de départ pour un nouvel regard interdisciplinaire sur le marronnage, à la fois comme histoire alternative de l'émancipation et comme une tradition vivante qui donne à repenser la constitution du commun en mouvement.

Organizers: Hourya Bentouhami, Associate Professor, Department of Philosophy, University of Toulouse Jean Jaurès

Kaiama L. Glover, Professor of French and Africana Studies, Barnard College/Columbia University

Niklas Plaetzer, Doctoral student in political theory, Sciences Po Paris / University of Chicago

Co-sponsored by the Centre International de Recherche sur les Esclavages (CIRESC), the Institut Universitaire de France, and the Columbia Alliance Program.

The event is bilingual (English and French).

You can view the programme for the event here.